Le principal enjeu pour la BNS est de trouver un «plan de sortie»
- Franc fort L’inflation et les pertes liées à l’euro sont les deux principales menaces
- Pour Ulrich Kohli, la Suisse participe déjà suffisamment au sauvetage de l’Europe
«Ce qui manque aujourd’hui à la Banque nationale suisse (BNS), c’est une stratégie de sortie.» S’il reconnaît «l’effet indéniable» qu’a eu l’instauration d’un taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro le 6 septembre dernier, Ulrich Kohli s’inquiète des conséquences que pourrait avoir une telle décision. L’ancien chef économiste de la BNS aurait préféré «qu’on laisse les marchés agir et que l’on s’en tienne à un taux de change flexible». Car, selon lui, «la force actuelle du franc est la rançon du succès d’une économie qui se porte mieux que celle de ses voisins». Présent mardi à Genève pour l’édition 2011 du Finance Summit, Ulrich Kohli en a profité pour rappeler que «les solutions intermédiaires – ni taux de change fixe, ni taux de change flexible – aboutissaient souvent à des crises». L’exemple type étant la vague d’inflation qui a suivi l’intervention de la BNS en 1978 visant à maintenir un taux plancher avec le deutsche mark.
Risque de pertes de change
Outre les risques inflationnistes, Ulrich Kohli craint que la banque centrale ne doive faire face à de grandes pertes au moment de retirer son taux plancher. La BNS n’ayant pas de limite dans les quantités de francs qu’elle peut émettre, elle pourrait rapidement se retrouver avec des dizaines de milliards d’euros sur les bras. «Or, a-t-il expliqué, si des risques d’inflation apparaissent, elle sera dans l’obligation de relever ses taux d’intérêt et ne pourra plus défendre le taux de 1,20 franc pour 1 euro. La monnaie unique risque alors de chuter brutalement et la banque nationale de se retrouver avec des pertes importantes sur ses réserves de change.» S’il craint que l’euro ne perde de sa valeur face au franc après l’abandon du taux plancher, Ulrich Kohli ne croit pas que la monnaie unique puisse un jour disparaître. Un avis partagé par son confrère Michel Girardin. «L’euro va s’en remettre, a expliqué hier le conseiller économique à l’Union Bancaire Privée (UBP) lors d’un débat organisé sur le thème du franc fort. Il serait bien trop coûteux de s’en défaire.» Prenant l’exemple d’une «omelette qu’on ne fait pas sans casser des œufs», Michel Girardin a écarté tout éclatement de la zone euro. «Il est encore bien plus difficile de faire des œufs avec une omelette», a-t-il imagé. Pour l’heure, de nombreux économistes, à l’instar d’Ulrich Kohli, estiment que la BNS n’a pas [encore?] dû acheter beaucoup d’euros pour maintenir son taux plancher. Pour Michel Girardin, cela confirme que «les gérants de fonds alternatifs accordent beaucoup de crédibilité à la banque centrale».
Faut-il un fonds souverain?
Pourtant, une question persiste aujourd’hui: que faire, le cas échéant, des euros que pourrait avoir emmagasinés la BNS? «Investir au travers d’un fonds souverain serait une possibilité», a assuré Michel Girardin. A ses côtés, Ulrich Kohli a émis quelques doutes à ce sujet. «Une banque centrale ne doit pas agir comme un hedge fund, a-t-il argumenté. Il y a déjà des risques de change, on ne va pas encore y ajouter des risques financiers. » De plus, aucune raison ne justifierait, selon lui, que la Suisse participe davantage au sauvetage de la zone euro. «Elle y contribue déjà via le FMI, avec un montant de 16milliards, a-t-il souligné. Soit un total par habitant supérieur à celui de n’importe quel autre pays.»




