Pilote d’exploitation en délégation à la banque Pictet à Genève, Nicolas Blaettler voit ses derniers mois de vie professionnelle chamboulés par le télétravail. Son espoir: pouvoir retrouver ses collègues d’ici à la fin de l’année pour clore comme il se doit ses cinquante années d’IT, dont la plus grande partie au service des banques.

Cette échéance qui approche tout doucement – son départ à la retraite est prévu pour la fin de l’année 2021, Nicolas Blaettler, 64 ans, la redoute un brin: «D’un côté, je suis content d’arrêter car je commence parfois à me sentir un peu en décalage avec mes collègues qui sont pour la plupart beaucoup plus jeunes que moi. Mais d’un autre, j’appréhende un peu. Cela fait tout de même 50 ans que je travaille… J’ai commencé à l’âge de 15 ans par un apprentissage.»

La bourse comme hobby

L’habitant de Versoix, qui est, depuis quelques années déjà, pilote d’exploitation pour la banque Pictet à Genève, commence tout de même à esquisser quelques projets: «J’aimerais peut-être m’investir dans le social sous forme de bénévolat. Puis, je viens de prendre un jeune chien de chasse avec lequel je fais au moins une heure et demie de balade par jour.» Autre hobby que le papa de deux enfants adultes, Lucille et Valentin, et grand-papa de trois petits enfants ne compte pas arrêter: la bourse, un passe-temps qu’il doit à toute une carrière d’opérateur puis de pilote d’exploitation, deux noms pour un même métier, passée tout entière dans le milieu de la banque. Lorsqu’on l’interroge sur sa manière de spéculer, ce fan de jazz qui aime aussi la petite musique des chiffres, explique: «En travaillant dans ce milieu, et en ayant les yeux souvent rivés sur ces logiciels de bourse, on ne peut pas faire autrement que de s’y intéresser.» Quant au risque encouru, pas de soucis! Le futur retraité gère ça en «bon père de famille» selon l’expression consacrée: «Il ne faut pas devoir compter sur l’argent investi pour vivre. Il faut être patient, savoir et pouvoir attendre le bon moment.»

Une permanence 24/24 et 7/7

De la patience, Nicolas, plutôt calme de nature, n’en manque pas. Cela tombe bien, c’est l’une des qualités nécessaires, avec un certain sang-froid, pour assurer le job de pilote d’exploitation. Son quotidien? La surveillance informatique de la production bancaire: «On est devant des écrans et on observe le bon déroulement des batchs, des scripts, des différents programmes bancaires. La banque Pictet, c’est plusieurs dizaines de milliers de scripts qui tournent par jour. On veille aussi sur les serveurs, leur bon fonctionnement, s’ils ont toujours la capacité nécessaire pour gérer les informations. On joue aussi un rôle sur la sécurité, si par exemple il y a une tentative d’attaque de mailing, de spams… Et ceci 7/7, 24/24 tous les jours et les nuits de l’année, même le 25 et le 31 décembre.»

Les débuts de l’informatique

Né en Suisse alémanique d’un papa suisse allemand et d’une maman vaudoise, Nicolas a grandi outre-Sarine avant, à cinq ans, de s’expatrier en famille dans le sud de la France. Pendant ses jeunes années à Nyons, ville de la Drôme connue pour ses délicieuses olives, Nicolas délaisse sa langue maternelle pour le français, avant un retour en Suisse romande à l’âge de 12 ans. A la fin de la scolarité obligatoire, c’est vers un apprentissage de mécanicien de précision qu’il s’oriente: «Après quatre ans d’apprentissage et deux années de pratique, je me suis rendu compte que je n’aimais pas vraiment travailler en usine. J’ai vu alors que la SBS, la Société des Banques Suisses, cherchait des opérateurs et que le seul prérequis était un CFC ou la Matu. J’avais un CFC, j’ai postulé. J’y suis resté pendant vingt-quatre ans.»

De la SBS à Pictet

Ce métier, le jeune homme épris de liberté l’a tout de suite apprécié: «J’apprenais plein de choses dans un domaine que je ne connaissais pas et qui était nouveau, l’informatique. Et j’aimais bien fonctionner en trois-huit.»

Après quelques années à la Deutsche Bank, Nicolas est engagé chez Thalès, puis chez AiM au moment du rapprochement des deux sociétés, où il œuvre en délégation à l’UBP, l’Union des Banques Privées. En 2015 et après une petite pause professionnelle due à une restructuration, il rejoint les équipes d’AiM chez Pictet: «D’ailleurs, c’est grâce à Thierry Papilloud que j’ai pu retrouver ce poste. J’avais 58 ans, ça n’était pas évident à cet âge de retrouver du travail, il aurait pu prendre un jeune pour cette délégation, mais il avait mon CV et m’a donné ma chance pour réintégrer AiM. Je le remercie beaucoup pour ça.»

Actuellement en home office, le futur retraité espère pouvoir retrouver le travail en présentiel au plus vite: «Le contact avec mes collègues me manque», histoire de pouvoir mettre un joli point final à ce demi-siècle décidément bien rempli.