La conférence lyonnaise Mix-IT avait lieu cette année les 20 et 21 avril à CPE Lyon. La « conférence avec des crêpes et du cœur » rassemble 500 personnes sur ces deux jours. Au menu – à part les crêpes – des conférences techniques, de l’agilité et quelques présentations et keynotes « alien ». Le site de Mix-IT avait été entièrement refait pour l’occasion, avec possibilité de voter via l’application directement en sortant des salles via un QR Code, ou tranquillement à la maison en rentrant.

Une « petite » conférence sympa : un équilibre à garder ?

La conférence Mix-IT est de taille relativement modeste comparée à d’autres, ce qui s’explique par la taille limitée du lieu qui l’accueille, à savoir l’école de chimie CPE Lyon. Les places partent très vite, malgré le système de « mise en vente en plusieurs fois » adopté cette année par les organisateurs. Si le nombre de places limité est un problème (cela fait deux ans que je réussis à avoir des places, mais tout le monde n’a pas cette chance), il est également une force qui permet de garder l’esprit de la conf’.

En effet, je ne pense pas que le stand de crêpes à volonté, qui est déjà pris d’assaut, pourrait suffire dans une conférence plus grande. De même, les repas délicieux préparés par « la communauté du goût » dans un souci de qualité et de respect des produits et des producteurs seraient sûrement plus difficiles à préparer et distribuer pour un public deux fois plus nombreux. Sans compter les petites animations annexes, comme l’expérience en réalité augmentée installée dans le hall. Il y a peut-être là un équilibre à garder.

Les keynotes

Cette année, la plupart des keynotes n’étaient pas purement techniques. J’ai personnellement trouvé cela très intéressant de s’ouvrir sur d’autres domaines que celui dans lequel on travaille : l’enseignement, la recherche, l’activisme etc.

Pédagogie et agilité par Christian DEN HARTIGH : ce professeur de français a appliqué le manifeste Agile dans ses classes de français au collège depuis 6 ans. Il nous a expliqué de quelle manière il a agi, donnant de nombreuses bonnes idées comme le fait de placer les enfants en cercle et la favorisation de la communication entre élèves.

La confiance en soi, ça ne sert à rien par Laure JOUTEAU : la présentatrice, qui a fondé sa société afin d’aider d’autres personnes à la reconversion professionnelle, nous explique avec humour qu’en plus de ne servir à rien, la confiance est un piège qui nous pousse à rester dans notre zone de confort et à ne pas prendre de risques. Il ne faut pas tenter de se trouver des excuses pour ne pas réaliser ses rêves, mais bien définir ce qu’on a envie de faire, et s’en donner les moyens.

Silver bullet syndrom par Hadi HARIRI : une présentation qui permet de mettre en perspective la chasse au « framework parfait » qu’on peut voir dans nos métiers, partant d’un historique qui permet de montrer qu’à chaque fois que les gens se sont précipités sur une technologie en pensant qu’elle allait être la solution à tous leurs problèmes, elle est devenue obsolète et est remplacée par un nouvelle technologie. Faut-il vraiment se précipiter sur la « techno du moment » et réaliser du « hipe driven development » ? Les développeurs sont-ils un cerveau derrière un écran, ou une liste de technologies à vendre ? Autant de questions posées qui font réfléchir, notamment dans le contexte d’une conférence présentant de nombreuses nouveautés.

AI par Tim URBAN (via Skype) : la remote conférence depuis New-York était une nouveauté pour Mix-IT, et s’est bien déroulée d’un point de vue technique. Tim Urban a évoqué le développement de l’intelligence artificielle, le fait que l’humanité n’a actuellement aucune idée de ce que cela va donner, et que nous allons bientôt passer un cap où ce développement va accélérer au-delà de notre compréhension. Au final, une présentation qui fait peur pour l’avenir.

Recette pour parvenir à donner une conférence sur les embryons de manchot à Mix-IT par Marie MANCEAU : la keynote la plus « alien » de toutes celles de cette année, et une de mes préférées, celle d’une chercheuse au Collège de France qui a décidé d’expliquer comment elle en est venue à étudier un sujet aussi bizarre que celui de la distribution des plumes chez l’embryon de manchot. Une présentation qui donne envie d’aller faire un tour en Antarctique.

The impact of Code on Society par Joel SPOLSKY : Le cofondateur de Stackoverflow, tout en nous expliquant le parcours qui l’a mené à créer ce site, explique à quel point les développeurs sont importants pour le futur, car ce sont eux qui développent les outils de demain. Encore une fois, l’importance est ici portée sur le cerveau du développeur qui, bien loin d’être un simple exécutant, doit effectuer des choix à chaque ligne de code.

Du produit au business model, en passant par le pivot par Alexis JAMET : Un talk sous forme d’histoire : comment le présentateur a co-fondé sa société Bunkr en partant d’une idée « faire mieux que Power Point », comment il a dû se battre pour obtenir des financements et finalement construire une nouvelle offre.

Du CDO au CODE : l’éducation numérique, la seule véritable transformation digitale ? par Youmna OVAZZA : Une présentation particulièrement intéressante pour les personnes qui ont déjà participé à un Devoxx4Kids ou un MixTeen, et qui parle de l’initiation au codage que veut mettre en place l’éducation nationale française – ce qui est un courant repris dans plusieurs pays du monde. Non, les enfants ne sont pas des surdoués de la technologie et sont plus ignorants que nous le sommes. Non, la solution n’est pas d’introduire le code à l’école comme n’importe quelle autre matière, qui plus est en forçant des professeurs qui ne sont pas intéressés à l’enseigner, mais plutôt de s’appuyer sur les personnes bénévoles qui ont déjà de l’expérience dans le domaine.

21st Century Activists need 21st Century skill-sets par Idalin BOBÉ : Une présentation que je n’ai pas pu suivre avec autant d’attention que j’aurais voulu étant donné l’animation qui régnait en fond de salle en fin de cette dernière journée, juste avant l’arrivée des teens de Mix-teens. Idalin est une activiste qui cherche à éduquer les personnes issues de communautés victimes d’injustices, et à fournir des outils pour se battre pour la justice sociale. Elle nous rappelle qu’il faut nous soucier de l’impact et du but de notre travail aussi bien que des solutions techniques employées.

Les présentations et les workshops

Introduction à la stack Elastic par Claire VILLARD et Angélique HENRY : Ce workshop, présenté par deux Duchess de Lyon, permet d’aborder les outils Logstash, ElasticSearch et Kibana. Logstash permet de parser les logs, ElasticSearch de les indexer, et enfin Kibana de mettre en forme les résultats graphiquement. Le workshop permet de se rendre compte des nombreuses possibilités de configuration dont nous disposons à tous les niveaux.

Utiliser Kotlin dans une architecture standard par Gaétan ZORITCHAK :  Kotlin est un langage que j’avais découvert aux human talks de Genève il y a quelques années, et qui commence à rencontrer un grand succès, particulièrement dans la communauté Android. Ce workshop permet de se rendre compte à quel point Kotlin est interopérable et peut être utilisé dans une application Java existante en remplaçant les classes Java à tous les niveaux. Il est ainsi possible de garder les avantages de Java (frameworks existants, application déjà en place) tout en profitant de la simplicité et la puissance de Kotlin, et de migrer morceau par morceau.

Atelier robotique Poppy par Julien JEHL et Stéphane RIBAS :  Poppy est un robot open-source, imprimable en 3D et programmable en Python. Suivant les divers niveaux de connaissance du langage et d’installation des machines, nous avons pu programmer une danse sur le simulateur ou sur un véritable robot, ou encore tenter d’équilibrer le robot bipède.

The construKction of Sound par Jean-Jacques GIRARDOT : Une présentation plutôt « alien » là encore, parlant avant tout de musique électronique. Historique, extraits à écouter, anecdotes passionnantes ont trop occupé le présentateur qui n’a pas pu en venir à la partie traitant du logiciel.

L’ergonomie web par Florie SÉCHAUD : La présentatrice a d’abord parlé d’une série de lois et principes à appliquer pour améliorer la lisibilité et l’expérience pour l’utilisateur qui va utiliser une application Web, avant de donner des exemples et contre-exemples.

Comment un navigateur affiche une page Web par Mehdi LAHMAM : Une présentation très intéressante sur  le fonctionnement d’un navigateur Web. Après découpage en mode « fractal » de ce qu’est un navigateur, le présentateur a plongé dans le moteur de rendu à proprement parler, nous expliquant ainsi pourquoi certaines « bonnes pratiques », comme l’utilisation du transform3D en CSS,  sont efficaces et nous donnant les outils afin de mesurer l’impact de nos développements sur le rendu d’une page Web.

Conclusion

Je pense avoir mieux géré cette conférence que l’an dernier, j’ai réussi à aller voir les conférences et ateliers qui m’intéressaient et à faire un peu des deux afin de ne pas saturer. Si au niveau purement technique et nouveaux langages j’ai beaucoup appris, je ressors aussi de cette conférence riche en principes à appliquer, et avec l’envie de changer le monde et de voir l’Antarctique.