Au bénéfice d’une carrière exemplaire, ce Genevois, développeur chez AiM depuis 2012, est à l’origine du logiciel Tell Watch, référence dans le monde de la CAO.

 

«Un développeur, en principe, est assez fainéant. Il essaye de trouver des méthodes qui simplifient la vie.» Telle est la délicieuse définition que Serge Favre, développeur chez AiM depuis 2012, donne de son métier, exercé avec passion depuis des décennies. Un métier qui existait à peine lorsqu’il est entré à l’Ecole d’ingénieurs de Genève en 1972. Lui et ses camarades devaient alors se partager le seul gros ordinateur de l’institution.  «Je suis tombé sur le clavier et j’ai compris que c’était quelque chose pour moi. Ensuite, je suis devenu assistant à l’école, donc, la grosse machine était presqu’à moi», s’amuse Serge Favre. Il se souvient aussi du premier ordinateur qu’il a ramené chez lui.  « Aux débuts de la société Polysoft (aujourd’hui AiM), Hewlett Packard m’avait offert une machine. Mais c’était une station de travail, pas un PC. »

On le devine, ce Genevois de 65 ans, est à quelques mois d’une retraite qui semble bien méritée. Mais il est peu probable que l’homme s’éloigne complètement des claviers et écrans. En effet, Serge Favre n’est autre que le créateur du logiciel Tell Watch. Il est la mémoire vivante et «humaine» de plus 7 millions de lignes de codes. «Ça fait un gros livre», reconnaît-il. Les premiers chapitres ont été écrits dans les années 1980. Au départ, le projet dont hérite le jeune informaticien consiste à créer un programme de calcul pour des télécabines et téleskis. « Il fallait dessiner le terrain, à plat, avec la remontée mécanique, ses stations d’arrivée et de départ, ses câbles et pylônes, explique l’informaticien. Puis, un autre client a demandé de développer une application de cadrans de montres.» Serge Favre reprend alors une partie de son travail sur les remontées mécaniques pour l’adapter aux besoins des horlogers. En 1993, il crée Tell Watch, devenu aujourd’hui une référence dans le domaine de la CAO (Conception assistée par ordinateur) horlogère. Le champ des possibles est immense pour ce logiciel qui n’a cessé d’évoluer au gré des besoins et des demandes. «En Suisse, on l’adapte pour l’horlogerie, mais en Italie, par exemple, il aide à la conception et construction de machines spéciales», confirme le développeur qui est allé jusqu’aux Etats-Unis pour adapter aux normes américaines son logiciel.

Si Serge Favre a été le témoin, comme tout le monde, de l’évolution informatique de ces trente dernières années, il en est aussi l’acteur. «L’évolution est dans notre produit. On ne peut pas aller chercher sur Internet une fonctionnalité qui n’existe pas, c’est nous qui l’inventons.» Au départ, il y a toujours les besoins spécifiques d’une personne, d’une entreprise ou d’un corps de métier. «On développe le logiciel selon des envies de fonctionnalités particulières. Si on considère qu’elles peuvent être utiles pour tout le monde, on les intègre à la version suivante». Serge Favre et son équipe qui compte trois développeurs, avance tel un défricheur. Il invente, essaye, corrige. Son bonheur est alors de pouvoir répondre aux souhaits les plus complexes, de trouver le moyen le plus simple de les résoudre. «Et que ça fonctionne!»

Passionné par sa profession, Serge Favre parvient à «décrocher» grâce au tir-sportif qu’il pratique depuis près de 25 ans. Membre de la société Les Exercices de l’Arquebuse et de la Navigation, dont les origines remontent à 1474, il s’entraîne au stand de Saint-Georges et accompagne les sportifs en tant que directeur de tir au pistolet. «Cela demande beaucoup de concentration. Quand je tire, c’est le seul moment où je ne pense pas à ce que je suis en train de développer au travail», avoue-t-il. Pour autant, là encore, l’appel des claviers a été trop fort pour Serge Favre : « Je m’occupe un peu de l’informatique de l’Arquebuse de Genève et du site internet que j’ai réalisé.» On lui demande enfin quel conseil il donnerait à un jeune voulant se lancer dans la programmation informatique. Sa réponse est simple: «Avoir envie, tout le reste s’apprend». Pour Serge Favre, cette envie-là semble être restée intacte. La retraite et les grandes vacances, ce sera pour plus tard!